De Santa María Tavehua à Los Angeles: l’épopée d’un village mexicain

Plus de 3.000 kilomètres séparent Santa María Tavehua, au Mexique, de Los Angeles. Et pourtant leurs destins sont inextricablement liés. La moitié des 600 habitants de ce petit village des montagnes de Oaxaca ont émigré vers la mégalopole californienne. Située en plein centre ville, voisine de Koreatown, cette petite communauté est désormais devenue  « Oaxacalifornia ».

« Le village s’est littéralement transporté à Los Angeles, maison par maison », explique la journaliste Anayansi Diaz-Cortes qui, depuis un an et demi raconte l’histoire de cet épisode très particulier de l’immigration hispanique en Californie, ou plutôt « les histoires qui ne se voient pas dans les statistiques » d’une ville où 48% des habitants sont d’origine latino.

Son projet s’appelle Sonic Trace, un site interactif, sponsorisé par une radio locale KCRW. Mme Diaz-Cortes a déjà recueilli plus de 500 témoignages d’immigrés « à qui l’on a toujours fait croire que leurs histoires personnelles n’avaient aucune valeur ».

Pour recueillir ces témoignages elle dispose d’une régie mobile assez particulière : La Burbuja (la bulle) un studio rond conçu et fabriqué par l’architecte californien Hugo Martinez. « Beaucoup ont décidé de parler car ils en avaient assez d’être considérés comme des criminels du seul fait d’être clandestins ».

Comme Rufina, l’une des premières à franchir la frontière il y a plus de vingt ans. Elle raconte : « J’étais très jeune, c’était très risqué mais je devais aider ma famille et je n’ai jamais douté de moi ». Beaucoup décident de la suivre à Los Angeles et c’est ainsi que commence l’épopée du village.

Santa María Tavehua « est un condensé de l’expérience migratoire qui a changé l’histoire des Etats-Unis et du Mexique » explique Mme Diaz-Cortes. Un exemple aussi des liens qui, loin de se rompre, se sont renforcés.

« Il s’est produit un phénomène générationnel très intéressant : la plupart des immigrés ne pouvaient pas revenir au pays ils n’avaient pas de papiers, ce sont donc leurs enfants, nés aux Etats-Unis, qui ont pu visiter leurs grands-parents, un voyage qui leur a permis de connaître leurs origines et a contribué à maintenir les liens entre les deux communautés ».

C’est dans ce nouvel orgueil latino que ces jeunes se sont retrouvés. « Au lieu de renoncer à une de leurs identités, comme cela a été le cas pour leurs parents, ils peuvent être « pochos » (mexicains très américanisés), « Oaxacan », « Tavehuan » sans devoir s’assimiler totalement».

Les « remesas », l’argent que les émigrés envoient régulièrement à leurs familles, ont changé le destin de Santa María Tavehua où tout le monde possède une télévision, parfois même une voiture. Grands-parents et petits-enfants communiquent maintenant sur Facebook.

Rufina se sent un peu responsable de la destinée des siens et se demande parfois avec tristesse « ce qui ce serait passé si je n’étais pas venue, surtout lorsque que j’apprends que certains jeunes sont devenus « pandilleros » (membres d’un gang) ou qu’ils ont tué quelqu’un ».

Quant à Mme Diaz-Cortes, elle a décidé d’élargir son enquête. Il ne s’agit plus seulement du Mexique mais aussi du Guatemala, de l´Honduras et du Salvador. Avec son équipe, elle a commencé à tracer une carte du passé migratoire des quartiers de Los Angeles à plus forte présence hispanique.

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